Hyjama - Roqya-ingérence et discrimination des musulmans par les autorités
Des extraits d’un rapport des autorités, sur la roqya (exorcisme) et la hijama (cupping ou ventousothérapie) ont été diffusés sur le journal le Parisien[1]. On y apprend que les services de renseignements, la DGSI et la Miviludes (un centre de lutte contre le sectarisme), censés lutter contre le terrorisme et les sectes, émettent des avis sur la médecine alternative non reconnue. Partants de fausses informations, ils qualifient notamment l’exorcisme de « rituels magico-religieux ». Or, ces organismes n’ont aucune légitimité scientifique ou théologique islamique pour émettre de tels avis.
Le rapport s’appuie sur des délits commis dans les pays du Maghreb « Racket, femmes violées, pédophilie », qui sont inexistants en France : « Conséquence, dans certains pays, dont le Maroc et l’Algérie, la Roqya/Hijama ont été la porte ouverte à des délits et des crimes : “Des patients escroqués, extorqués, des femmes violées ou abusées sexuellement, des cas de pédophilie, des thérapies de chocs par ingurgitation d’eau (parfois salées) ou des chocs électriques”.
Cette manière d’argumenter sur des cas individuels en les généralisant installe un climat de suspicion sur la communauté musulmane.
D’une part, ces problèmes ne se situent pas en France. D’autre part, les cas invoqués dans ces pays sont des délits condamnables par les tribunaux. Pour autant, la dénonciation de ces actes individuels criminalise l’Islam et les musulmans, et jette l’opprobre sur l’ensemble de la communauté musulmane.
Les témoignages rapportés sont fragiles et semblables aux allégations, non « sourcées » contenues dans les notes blanches des services de renseignements sous l’état d’urgence ou la loi SILT (loi qui a incorporé les mesures phares de l’état d’urgence dans le droit commun). Le rapport généralise des délits à l’ensemble d’un groupe en raison de son appartenance religieuse, ce qui est discriminatoire et vise à diaboliser une minorité ethnique et religieuse. On constate les automatismes de la colonisation et de traitement des minorités ethniques héritées de la guerre d’Algérie. Le rapport criminalise les musulmans et la « hijama » et oublie de mentionner qu’elle est une pratique ancestrale et reconnue dans les pays arabes.[2]
Les affirmations contenues dans ce rapport tel que « rituels magico-religieux » sont contraires à la définition même des religions monothéistes qui condamnent fermement la « magie » ; c’est dire l’ignorance de ces services qui mélangent tout, particulièrement lorsqu’il s’agit de l’Islam et des musulmans. Nous constatons qu’une fois de plus, les autorités se permettent de porter un jugement de valeur sur la pratique religieuse musulmane, sans la moindre réserve. Comme le dénonçait à juste titre le directeur de recherche au CNRS et chercheur à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman François Burgat : « pour le politiquement correct français, un bon musulman est un musulman qui n’est plus musulman. »[3]
Ce type de rapport construit sur la base d’une radicalisation fantasmée et discriminatoire, prolifère et cible systématique la communauté musulmane, ce qui démontre une discrimination institutionnalisée des musulmans. Pour couronner le tout et pour confirmer ce constat, l’article est illustré par une photo de femmes musulmanes voilées, ce qui alimente les préjugés.
Des protagonistes arabes pour légitimer les discours racistes antimusulmans basés sur des informations fausses ou partielles.
Depuis quelques années, des personnes originaires Maghreb font des discours antimusulmans. Elles sont valorisées par les autorités et/ou certains médias afin de légitimer les discours racistes antimusulmans, pour mieux invisibiliser et diaboliser ceux qui pratiquent pacifiquement leur religion et ceux qui dénoncent les discriminations envers les musulmans. Ainsi, sans surprise, le chercheur de ce rapport est d’origine algérienne Bilel Ainine (membre de l’Observatoire des radicalités politiques et Docteur en science politique, chercheur au Cesdip [CNRS] et chargé de mission à la MIVILUDES) qui, de par ses recherches sur la radicalisation, amalgame la pratique religieuse musulmane et l’extrémisme.[4]
Il apporte une pseudo caution scientifique à ces discours discriminants par son arabité. Il est un soutien et sympathisant du Printemps Républicain[5], une organisation active de personnalités politiques et universitaires et qui ont publié nombre d’ouvrages polémiques racistes antimusulmans ces dernières années. Par exemple l’un des fondateurs, Laurent Bouvet, avait assimilé des mères voilées aux terroristes dans un déversement de haine envers les musulmans sans précédent, qui a duré 3 mois à l’automne 2019[6].
L’ingérence dans le culte musulman par les autorités
Le rapport qualifie la hijama de “pratiques déviantes”, il est écrit : “Depuis le fait divers, le phénomène de la médecine dite prophétique croît sans que les autorités religieuses locales ou nationales ne s’en émeuvent. Parallèlement, la littérature d’inspiration saoudienne louant ces pratiques consacrées aux « symptômes » de la possession et aux meilleures façons d’y remédier est facilement disponible.
Cette affirmation est fausse. La Hijama est vantée par plusieurs pays musulmans et non musulmans tels que l’Égypte. Beaucoup de Français se sont formés en Égypte sur la Hijama. L’Angleterre fait aussi la promotion de cette médecine alternative, comme beaucoup d’autres pays, ce qui est souligné par la revue ‘Résolution Santé » : ‘Pratiquée dans plus de 60 pays de par le monde, cette pratique de la médecine alternative a retrouvé un regain d’intérêt depuis que des clichés de certains sportifs comme Michael Phelps ou de certaines actrices, tel que Jennifer Aniston ou encore Gwyneth Paltrow faisaient apparaître des plaques rouges sur le dos de ces stars, signe que ces dernières avaient eu recours à la thérapie du cupping’.[7]
Le Parisien écrit : ‘Depuis le fait divers, le phénomène de la médecine dite prophétique croît sans que les autorités religieuses locales ou nationales ne s’en émeuvent.’ ‘Le chercheur spécialisé sur les questions de radicalisation tire la sonnette d’alarme : ces commerçants ‘profitent de l’attrait exercé par cette offre thérapeutique médico-spirituelle en proposant des formules qui, en plus d’être le plus souvent en rupture avec les rituels traditionnels de l’islam en la matière, recèlent des pratiques déviantes qui relève du pénal’. Des agissements ‘souvent réalisés sous le couvert d’un supposé rigorisme religieux, qui tendent à se banaliser grâce à une pratique de plus en plus professionnalisé [8]
La hijama, la roqya ne sont pas des pratiques déviantes dans l’Islam comme l’affirme le rapport
Les autorités s’ingèrent dans le culte musulman et demandent aux imams en France de légiférer en contradiction avec leur foi et leur religion, puisque des dizaines de hadiths (tradition de la vie du prophète) attestent de la recommandation pour la hijama et roqya. Par exemple : le prophète de l’Islam a recommandé la Hijama plusieurs fois, jusque dans le voyage nocturne qui a été un tournant pour les musulmans, puisque c’est lors ce voyage qu’Allah (Dieu) lui a donné les 5 prières quotidiennes et qu’il a été révélé au Prophète (saws) que la hijama est le remède de sa communauté.
Le Prophète (saws) a dit : “Pendant mon Voyage nocturne, je ne suis pas passé devant un groupe sans qu’ils ne me disent : Ô Muhammad ! Ordonne à ta communauté de pratiquer Al-Hijâmah.Ou encore, Attache-toi à la pratique de Al-Hijâmah, ô, Muhammad !” Il est rapporté que le prophète faisait la hijama : Le Prophète (saws) se fit faire une Hijâmah et il paya celui qui la lui pratiqua. Ou encore il a recommandé plusieurs fois aux musulmans la Hijama en disant : Le meilleur de vos remèdes est Al-Hijâmah. Quel bon serviteur que celui qui pratique Al-Hijâmah ! Il évacue le sang, allège le dos et clarifie la vue.[9]
Ajoutons qu’Avicenne Ibn Sina qui était l’un des plus grands savants de l’époque médiévale, médecin, mathématicien et astronome, a réalisé diverses publications sur les vertus de la hijama en ventant ses mérites.
Quant à la roqya “exorcisme”, elle n’est pas l’apanage de l’Islam, mais de toutes les religions monothéistes juive et chrétienne. Elle est un soutien pour le croyant. Nous avions relevé que, pendant les perquisitions de l’état d’urgence, les services de renseignements, s’intéressaient à la roqya avec les bouteilles d’eau coranisées, les écritures ou la lecture du Coran. Nous sommes extrêmement choqués de voir que cette persécution des musulmans sur la base de la pratique religieuse musulmane perdure. D’autant que la France est un pays laïque qui ne reconnaît pas les cultes. Pourquoi faire tant d’ingérence avec aucune science religieuse ? Leur viendraient — ils à l’idée de faire la même chose avec les bouddhistes ou autres cultes ?
Quant au fait de dire que cette pratique “relève du pénal” ; c’est parce que le ministère de l’Intérieur a cherché à criminaliser la pratique de l’Islam de certaines personnes qu’il avait ciblé parce qu’elles font figure de personnalités musulmanes très suivies. C’est ce que le MI a nommé “la méthode Capone”.
Christophe Castaner l’affirme : “L’offensive républicaine” se fera en frappant au portefeuille ceux qui placent la loi de Dieu au-dessus des lois de la République ». L’idée est d’appliquer la ‘méthode Al Capone’. En clair, des comités opérationnels départementaux antifraude réunissent des policiers, des gendarmes, des douaniers, des agents du fisc, mais aussi Pôle emploi, l’Urssaf ou encore les caisses d’allocations familiales pour “déshabiller” une cible.
Les musulmans sont ciblés et poursuivis avec les méthodes dites “d’Al Capone”. Ils sont criminalisés et persécutés par des services de renseignements, un ministre de l’Intérieur tout puissant qui est l’auteur de cumul de lois antiterroristes et de pouvoirs accordés par les États d’urgence aux forces de police. Et tout ceci sans aucun contre-pouvoir ou contrôle.
Condamnation judiciaire de l’imam d’Aubervilliers
Le rapport se réjouit de la décision du tribunal concernant l’imam de la mosquée d’Aubervilliers, une personnalité célèbre parmi les musulmans qui pratiquait dans un cabinet la Hijama et la roqya (Cupping et exorcisme). Sur le rapport, il est noté : ‘La donne semble pourtant changer. Dernière action concluante en date de la justice : la perquisition du ‘cabinet de roqya — Hijama’ du controversé cheikh Hassan Bounamcha, dit ‘oncle Hassen’, imam de la mosquée de la Fraternité, à Aubervilliers, figure de la scène religieuse locale et commerçant avisé.’
Il est nécessaire de rappeler que cet imam fait l’objet depuis des années d’un acharnement du ministère de l’Intérieur, qui avait perquisitionné, le 17 novembre 2015 la mosquée d’Aubervilliers pendant l’état d’urgence, laissant une scène désolante de destruction par la police.[10] Les musulmans étaient choqués de la profanation d’un lieu de culte par les autorités. L’imam avait aussi fait l’objet d’autres mesures administratives, comme l’expulsion.
En conclusion :
La Hijama est une médecine alternative pratiquée par des spécialistes et des médecins dans les pays arabes depuis des millénaires. Le fait qu’il existe des charlatans ne la remet pas en question. Les délits relèvent du droit commun, alors que ce rapport fait de l’exception, la règle. Est-ce à dire que les pays arabes qui pratiquent la Hijama, la Roqya depuis des milliers d’années sont radicalisés ? Beaucoup d’infirmières libérales musulmanes et voilées pratiquent cette médecine alternative.
La décision judiciaire condamnant l’imam demande à ce que ce soit un médecin qui prescrive la Hijama. ‘Toutefois concernant l’acte médical de scarification pour la Hijama humide, le médecin peut déléguer – après diagnostic par ses soins à partir duquel il déterminera et indiquera où sur le corps les ventouses doivent être posées — à une infirmière ou un infirmier sur prescription médicale, puisqu’ils sont les seuls avec les médecins à pouvoir effectuer les scarifications. [11]
Comment un médecin pourrait-il la prescrire puisque cette pratique n’est pas reconnue ? Pourquoi priver les infirmières ou des spécialistes de cette pratique qui est leur seule source de revenus ? Pourquoi les autorités françaises s’inscrivent-elles dans une position conflictuelle et n’essaient pas d’apaiser la situation avec une solution qui permettrait à certains praticiens de poursuivre cette médecine alternative. Ils ont préféré une fois de plus sanctionner, punir et cibler une minorité ethnique et religieuse déjà gravement impactée par les inégalités, les discriminations.
Comme dit précédemment, il existe des centaines de médecines alternatives; aucune n’a fait l’objet d’un ciblage en raison de son appartenance ethnique et religieuse hormis celle pratiquée par les Arabes et les musulmans.
D’autre part l’article souligne que depuis la condamnation de l’imam Hassen, les personnes se font discrètes : ” En réaction, des entreprises plus modestes et discrètes se développent, souvent en l’absence de déclaration d’activité. Les numéros des « professionnels » de la saignée prophétique s’échangent de la main à la main. Un simple coup de fil et la consultation, payante, est fixée. Le lieu ? « L’adresse sera connue au dernier moment ». Comme nombre de ses confrères depuis l’affaire de « l’Oncle Hassan.»
Ce qui démontre que l’approche des services de renseignement est non seulement discriminatoire, mais aussi inefficace puisque fondée sur une analyse erronée. Il aurait été plus sage de prendre en compte l’attachement à la pratique religieuse des musulmans et de créer un lien de confiance, par une homologation pour permettre à certains praticiens de poursuivre leur activité.
[1] Faux docteurs, saignées, brûlures : l’inquiétant business des exorcistes religieux en Ile-de-France https://www.leparisien.fr/seine-saint-denis-93/faux-docteurs-saignees-brulures-l-inquietant-business-des-exorcistes-religieux-en-ile-de-france-01-06-2020-8327844.php
[2] https://www.hijamainlondon.com/
National Library of medicine - https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/27157951/
http://naturologique.com/ventousotherapie/?cn-reloaded=1
[3] https://www.youtube.com/watch?v=b6oDfh4Wd_A
[4] Alain Gabon, “Rougier, Kepel et les territoires perdus de la raison universitaire », Middle East Eye, 26 mai 2020. Disponible à cette adresse: https://www.middleeasteye.net/fr/opinion-fr/france-rougier-kepel-territoires-conquis-islamisme-musulmans?fbclid=IwAR3wc2HN3LMj43MJBFfhWLLGDuMw2-vluKwPvM7fLSQPT8YIaEo2ERW9uvM / https://www.youtube.com/watch?v=W3QwcLyrUIk
[5] https://www.printempsrepublicain.fr/membres#fondateurs
[6]ADM dénonce le déferlement haineux antimusulman alimenté par les pouvoirs publics
[7]Le Cupping thérapie : tout ce qu’il faut savoir sur cette ventousothérapie 17 JUIN 20 https://www.resolutionsante.com/551/le-cupping-tout-ce-quil-faut-savoir-sur-cette-therapie/
[8] Faux docteurs, saignées, brûlures : l’inquiétant business des exorcistes religieux en Ile-de-France https://www.leparisien.fr/seine-saint-denis-93/faux-docteurs-saignees-brulures-l-inquietant-business-des-exorcistes-religieux-en-ile-de-france-01-06-2020-8327844.php
[9] Hadith rapportés par Boukhari, Muslim, Tirmidhi
[10] Des riverains indignés après la perquisition musclée d’une mosquée à Aubervilliers- France 24- Le 18/11/2025
https://observers.france24.com/fr/20151118-photos-perquisition-mosquee-aubervilliers-attentats
[11]Hijama : la pratiquer est un acte médical, rappelle un tribunal- al Kenz 10 décembre 2019 https://www.al-kanz.org/2019/12/10/hijama-condamnation/